Ouverture : la place royale au coucher
Paris, 1625. Sur la place royale, les pierres bleues du Louvre encore neuves saignent au coucher du soleil. Le Roi Louis XIII, treizième de son nom et frêle de sa personne, règne sur une France que son ministre, le Cardinal Richelieu, prend en main avec une rigueur de moine soldat. À deux pas du palais, dans l'Hôtel de Tréville, les Mousquetaires du Roi croisent le fer avec les Gardes du Cardinal sur la moindre étincelle d'orgueil. Deux corps d'élite, deux idées de la France : le panache contre la raison d'État.
Le Roi et le Cardinal
Louis XIII a vingt-quatre ans, un nez bourbon, un goût pour la chasse à courre et un don pour la mélancolie. Il signe des édits, fait taire ses frères, joue du luth et tousse beaucoup. Il aime ses Mousquetaires comme on aime sa garde personnelle : sans le dire, sans l'écrire, mais en payant les soldes en retard plus rarement que les autres.
Le Cardinal Armand-Jean du Plessis de Richelieu a quarante ans et ne dort que quatre heures par nuit. Premier ministre depuis 1624, il consolide le pouvoir royal contre les protestants, contre la haute noblesse, contre les Habsbourg. Ce n'est pas un méchant ; c'est un homme d'État. Il sert l'intérêt de la France tel qu'il le conçoit. Ses Gardes rouges sont son outil ; ils ne sont pas tous des sbires, certains sont des gens d'honneur.
Entre les deux, une tension fonctionnelle : le Roi a besoin du Cardinal pour gouverner, mais redoute son influence. Les courtisans naviguent à vue. Vos PJ, eux, choisissent un camp dès la création.
La Reine et Buckingham
Anne d'Autriche, espagnole de naissance, a épousé Louis à treize ans. Elle est belle, fière, étouffée. Son mari ne l'aime pas vraiment ; le Cardinal l'épie. Elle entretient en secret une correspondance avec George Villiers, duc de Buckingham, premier ministre d'Angleterre, qu'elle a rencontré une fois, à Amiens, et dont elle se souvient mieux qu'elle ne l'admet.
Buckingham est l'homme le plus puissant d'Angleterre, favori de Charles I, beau, brillant, vaniteux et imprudent. Il porte les ferrets de la Reine au cou comme un trophée. Il fera la guerre à la France pour elle ; et la guerre, en 1627, viendra.
Mme de Chevreuse, confidente d'Anne, tisse les intrigues à sa place. Exilée trois fois, revenue trois fois, elle est l'âme noire amusée des contre-complots de la Reine.
Paris quartier par quartier
Rue Saint-Honoré
Sent l'eau bénite et l'huile sainte. Les ordres religieux, les hôtels particuliers, les salons précieux. On y croise plus de soutanes que de rapières, mais les rapières y sont mieux affilées.
Faubourg Saint-Germain
Sent l'encre des libelles et la fumée des cheminées d'imprimeur. Quartier des étudiants, des poètes, des libelles anonymes contre le Cardinal. Les Mousquetaires y ont leur Hôtel de Tréville.
Le Marais
Tavernes, bretteurs, espions, ambassadeurs. Le Pont-Marie n'existe pas encore ; on traverse en barque ou en pataugeant dans la boue. Les nouveaux hôtels particuliers de la place royale poussent comme des champignons.
Le Pont-Neuf
À toute heure, on tire l'épée pour un mouchoir, on tue pour un nom mal prononcé, on jure devant la statue d'Henri IV. Le pont est aussi un marché : charlatans, dentistes en plein vent, arracheurs de dents et chanteurs de complaintes.
Le Louvre
Vieux palais qu'Henri IV n'a pas eu le temps de finir. Aile sud à demi en chantier. La cour intérieure résonne de bottes ; le grand escalier est le théâtre des audiences ; les couloirs sentent la cire et le tabac d'Espagne.
L'Hôtel de Tréville
Rue du Vieux-Colombier. QG des Mousquetaires. Cour pavée constamment encombrée de chevaux, de valets et de jeunes provinciaux qui veulent s'engager. Le capitaine Tréville reçoit dans une antichambre où l'on attend des heures sans s'asseoir.
La Rochelle, l'Europe, la Guerre de Trente Ans
Au sud, La Rochelle, place forte protestante, défie l'autorité royale et appelle l'aide anglaise. Le siège qui se prépare sera le plus grand chantier militaire du règne ; il commencera officiellement en 1627. Vos PJ peuvent y être envoyés, comme Mousquetaires ou comme espions, dès la fin de la première campagne.
Au nord-est, l'Espagne et l'Empire des Habsbourg observent. La Guerre de Trente Ans dévore l'Europe centrale depuis 1618 ; la France n'y est entrée qu'à demi, par procurations et subsides. Les espions espagnols pullulent à Paris, surtout autour de la Reine.
À Londres, Charles I commence un règne difficile. Buckingham gouverne plus que lui. La rupture franco-anglaise se prépare ; les ferrets de la Reine en seront l'étincelle officielle.
Mousquetaires et Gardes rouges
Les Mousquetaires du Roi sont une compagnie d'élite de la garde militaire, fondée en 1622. Bleu et or, casaque ornée, mousquet et rapière. Cent vingt hommes, recrutés sur dossier et duel d'admission. Leur capitaine, Jean-Armand du Peyrer, comte de Tréville, est gascon comme d'Artagnan ; il protège ses hommes avec une fidélité qui n'a rien d'institutionnel.
Les Gardes du Cardinal sont une garde personnelle de Richelieu. Rouge et noir, tabard à la croix d'argent. Cent hommes, peut-être moins. Discipline militaire, allégeance directe au Cardinal, pas au Roi. Ils croisent les Mousquetaires dans tout Paris ; les édits royaux interdisent les duels, la pratique constante les rétablit.
Tous pour un, un pour tous
Pour les héros de cape et d'épée, c'est l'âge d'or. Tout est encore possible : un cadet de Gascogne sans le sou peut devenir lieutenant des Mousquetaires en deux ans, une dame de cour habile peut faire et défaire des ministres, un abbé éclairé peut survivre à toutes les disgrâces. Il suffit d'avoir la lame agile et la langue prompte, l'œil vif et le panache sans faille.
Que vos personnages soient mousquetaires, espions, dames de cour ou cadets perdus, ils auront un seul mot à la bouche pour traverser la cour, le pavé et la prison : « Tous pour un, et un pour tous. »