Sous la croûte : le décor

Du cratère islandais à la cité oubliée ; tout l'arrière-plan géologique et humain de vos parties

Ouverture : la plaine de Snæfellsness au matin

Vieille femme islandaise, châle de laine sombre, lampe à huile dans la main, tient un livre ouvert ; figure de la grand-mère qui transmet la berceuse de ceux qui n'ont jamais vu le ciel

Islande, juin 1864. La plaine de Snæfellsness sent la mousse humide et la cendre froide. Au loin, le cône blanc du Snæfellsjökull dresse ses 1446 mètres au-dessus d'un glacier qui n'a pas reculé d'un pouce depuis Snorri Sturluson. Aux calendes de juillet, à midi, l'ombre du pic Scartaris glisse sur la lèvre nord du cratère et désigne, comme un doigt de pierre, le puits de basalte qu'il faudra descendre. Les guides locaux, eux, ne montent jamais jusque-là sans murmurer une berceuse à propos de gens qui n'ont jamais vu le ciel.

Étape 1 : le cratère du Snæfellsjökull

Volcan éteint depuis le XIVᵉ siècle. Trois cheminées convergentes dans le cratère ; deux sont colmatées, la cheminée centrale plonge à pic dans le basalte. La descente initiale exige cordes alpines, lampes Ruhmkorff et baromètre. Les premiers cinquante mètres sont mouillés (fonte glaciaire), les cinq cents suivants sont secs et noirs. Premières inscriptions paroi à la cote -800 mètres, déjà en proto-IE archaïque, en partie effacées par le ruissellement.

Le cratère est ouvert. Aucun gardien, aucune sentinelle. Les Veilleurs ont compté sur la peur islandaise et la rumeur géologique pour décourager les grimpeurs ; cela fonctionne depuis des siècles.

Étape 2 : galeries basaltiques et plaine fossile

Trois jours de descente technique. Cavernes basaltiques colonnaires (orgues noires), lézards luminescents bleu-vert qui se nourrissent de lichens, premiers troglobites humanoïdes à éviter (créatures dégénérées des cavernes basses, branche éteinte, peur de la lampe). À la cote -3000 mètres, la galerie sèche bifurque vers le nord ; la plaine fossile commence : sols dallés de coquillages cambriens, fougères pétrifiées hautes comme des hommes, premier mémorial de lampes en cristal de roche dans une salle ronde.

Lichen, ammonite, basalte, ambre. La géologie raconte ici 500 millions d'années en quelques kilomètres de marche. Les PJ qui tiennent leur Carnet d'Axel ouvert publient à eux seuls vingt thèses, s'ils survivent.

Étape 3 : la mer Lidenbrock

Le ciel électrique

Plafond invisible à plusieurs centaines de mètres. Lumière diffuse permanente d'origine électrique, jamais solaire. Les nuages sont des aérosols de minéraux et de spores chargés. Pas de jour, pas de nuit, mais des cycles de lumière de 18 heures.

L'eau salée

Salinité supérieure à la mer Méditerranée, équivalente à la Mer Morte par endroits. Faune marine préhistorique : ichthyosaures, plésiosaures, anguilles électriques abyssales, méduses lumineuses dérivantes.

La Plage des Champignons

Forêt de champignons géants, douze mètres de haut, écosystème mycélien dense. Spores aveuglantes en saison de sporulation. Bois fossilisé pour radeaux, pierres ponces flottantes pour lest.

La forêt préhistorique

Bordure orientale de la mer. Fougères arborescentes, lépidodendrons, troupeaux de mastodontes. Ptérosaures dans la canopée. Croisée des temps géologiques compressée sur quelques kilomètres carrés.

Étape 4 : la cité des Veilleurs

Adossée à une falaise basaltique d'un kilomètre de haut, sur la rive opposée de la mer Lidenbrock. Architecture mégalithique : blocs de basalte poli emboîtés sans mortier, escaliers gravés de motifs spiraloïdes, plate-forme cérémonielle au centre, bibliothèque-grotte aux papyrus de pierre. Population estimée : quatre à six mille âmes.

Les Veilleurs sont anatomiquement Homo sapiens et lignée néandertalienne tardive, taille moyenne 1,65 m, peau pâle, yeux grands et clairs adaptés à la luminescence diffuse, ouïe fine. Leur tradition orale dit qu'ils sont descendus voici trente mille hivers, lors du Long Hiver Blanc, une glaciation antérieure qui aurait recouvert l'Europe et le nord de l'Asie d'une calotte permanente. Ils ont fui sous terre par les volcans alors actifs et n'y sont jamais remontés.

Économie : luminescence biologique cultivée (champignons, lichens, méduses), géothermie pour la cuisine et la métallurgie douce, agriculture à base de tubercules pâles et de spores de champignons. Pas d'élevage. Pas de chasse organisée. Pas de guerre depuis quinze mille hivers.

Le Long Hiver Blanc

Cosmogonie centrale des Veilleurs. Selon leurs papyrus de pierre, la surface fut recouverte d'une glace permanente à une époque où le Soleil pâlissait. Les hommes de la surface, cousins des Veilleurs, restèrent dehors et oublièrent ; les Veilleurs descendirent et se souviennent. La géologie 1864 commence à pressentir cette « époque glaciaire » (Louis Agassiz, 1840), mais ne sait pas encore qu'elle a duré beaucoup plus longtemps que les sept mille ans de la genèse biblique.

L'Archiviste-Mémoire, gardienne actuelle de la cosmogonie, sait parfaitement que la surface est redevenue habitable. Sa lignée a refusé d'y remonter au moins quatre fois en quinze siècles, par crainte de retrouver des cousins devenus barbares. Les PJ sont les premiers humains de surface à entrer dans la cité depuis trois cents ans.

L'expédition rivale prussienne

Anton Vogt, anthropologue darwiniste prussien, cinquante-deux ans, redingote académique grise, pince-nez, regard glacial, livre relié et canne d'acier en main

Anton Vogt, anthropologue darwiniste prussien, n'est pas venu pour explorer. Il sait, par un manuscrit volé à la bibliothèque de Reykjavík, qu'il existe sous l'Islande des humains anatomiquement modernes. Son intention est scientifique et coloniale : capturer vivants quelques spécimens, les ramener à Berlin et Vienne, prouver une thèse évolutionniste qui consoliderait sa carrière et l'expansion impériale prussienne. Sa petite équipe (six hommes, deux fusils, un appareil photographique de campagne) a déjà tué un Veilleur dans le scénario 1, et perdu deux hommes au scénario 2.

Vogt n'est pas une caricature de méchant. C'est un savant rigoureux du XIXᵉ siècle, brillant, courtois, convaincu de servir le progrès humain. Sa monstruosité est ordinaire ; elle s'écrit dans le ton détaché de ses notes. Le PJ qui ouvre son carnet à lui en a vu d'autres.

Étape finale : la cheminée du Stromboli

La sortie. Volcan actif d'Italie du sud, archipel des Lipari. Cheminée éruptive remontante, courants thermiques ascendants, projections de scories. Soixante heures de remontée si la géothermie coopère. Au sommet, on émerge dans la lave bleue de la mer Tyrrhénienne ; un caboteur sicilien ramène les survivants à Palerme. La presse italienne ne croira pas un mot, la presse française non plus, la Royal Geographical Society oui ; c'est tout le problème.

Conseil MJ : ne jugez jamais les Veilleurs. Donnez-leur des noms, des familles, un Archiviste qui parle proto-IE en hexamètres. Ne réduisez jamais Vogt à une caricature. La rivalité a du sel quand les deux camps croient servir le bien.

Révéler ou protéger

Pour les naturalistes de 1864, le centre de la Terre est l'horizon ultime. Vous y trouverez la preuve géologique du temps profond, des espèces vivantes que la science croit éteintes, des inscriptions humaines plus anciennes que toute civilisation connue, et finalement une humanité parente qui vous a précédés sur cette planète et vous regarde avec une bienveillance prudente.

Que vos personnages soient géologues, naturalistes, guides ou médecins, ils auront tous une question à la bouche au moment de remonter le Stromboli : « Que faire de ce que nous avons vu ? »

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