Fiche technique
Synopsis
Un hôtel discret de Beacon Hill voit les pensionnaires de la chambre 13 disparaître les nuits sans lune. Un grand miroir psyché à cadre noir ne réfléchit plus la pièce où il pend : il en montre une autre, identique mais habitée par autre chose. Le gérant, Mr. Marlowe, sait depuis trop longtemps. La famille Whitley paie pour un corps. Les PJ ont jusqu'à l'aube pour fermer le seuil.
Le miroir n'est pas un ennemi. C'est une porte qui n'aurait jamais dû s'ouvrir, et que personne ne saura jamais expliquer entièrement. Refermer ne suffit pas à oublier.
Rappel des paliers de résolution
2D6 + caractéristique (1 à 5) + bonus de Talent. Lecture du résultat :
- 5 ou moins : échec critique, complication immédiate.
- 6 à 8 : échec, l'action ne passe pas.
- 9 à 10 : succès partiel, ça passe avec un coût.
- 11 à 14 : succès complet.
- 15 et plus : succès critique.
Avantage = 3D6, garder les 2 meilleurs. Désavantage = 3D6, garder les 2 pires. L'Effleurement Cosmique convertit 1×/scène un 9-10 en 11-14 contre une marque durable narrée par le joueur.
Acte 1 : l'arrivée à l'hôtel
"Beacon Hill, novembre 1924. Trois jours de pluie froide sur les briques. Le Fairhaven Hotel est coincé entre une banque et une boutique de chapelier. À l'intérieur, le hall sent la cire, le tabac froid et un parfum bon marché. Derrière le comptoir, Mr. Marlowe tourne les pages d'un registre relié cuir. Ses mains tremblent. Quand vous prononcez le nom de Sarah Whitley, il pâlit et raye d'un trait sec la ligne du registre, comme si l'effacer en faisait disparaître la trace."
Le hall lui-même est anormal. Le papier peint vert d'eau pèle au plafond, et derrière le comptoir, un cadre vide de la taille d'un grand miroir laisse une marque claire sur le mur. Marlowe explique d'une voix qui hésite que le miroir psyché de la chambre 13 a été sorti pour nettoyage et n'est jamais revenu.
Le déclencheur
- Trois pensionnaires sont déjà manquants à l'appel sur les six derniers mois. La famille Whitley est la seule à payer pour qu'on cherche. Mrs. Whitley pose une seule question : "Vous me ramènerez son corps ?"
- Si un PJ insiste poliment (test Social 9+), Marlowe finit par avouer qu'il a vu la dernière cliente disparue se tenir face au miroir à minuit, lever la main, et que la main du miroir n'a pas reproduit son geste tout de suite.
- Marlowe leur tend la clé. La chambre est libre. Personne ne veut plus la louer. Loyer offert.
Premiers pas dans la chambre
- Pousser la porte le premier (Effleurement Cosmique disponible). Le PJ qui ouvre sent une odeur qu'il n'aurait pas dû reconnaître. Une eau saumâtre, une cire d'autel, et autre chose. Si le joueur convertit un 9-10 en 11-14, qu'il décrive ce que cette odeur ramène. La marque le suivra.
- Examiner le registre (test Mental 10+, Avantage si Plume du reporter ou Procédure de police). Trois autres pensionnaires, mêmes nuits sans lune, mêmes chambres voisines. Marlowe a falsifié les motifs de départ.
- Interroger un employé (test Social 9+). La femme de chambre, Margaret, refuse de monter au troisième étage depuis octobre. Elle a entendu une voix dans le couloir qui appelait son prénom alors que personne ne le connaît à l'hôtel.
Sortie de scène
Les PJ montent au troisième étage. La porte de la chambre 13 ouvre sur une pièce petite et propre. Lit à barreaux de cuivre, table de chevet, fenêtre sur la cour. Au mur du fond, le miroir psyché à cadre noir est revenu seul. Marlowe jurera plus tard qu'il n'était pas là à dix-neuf heures.
Acte 2 : la traversée du miroir
Scène A : ce que montre le miroir
"Vous tournez la clé. La chambre 13 est petite, propre, banale. Lit à barreaux de cuivre, table de chevet, fenêtre fermée sur une cour mouillée. Au mur du fond pend le miroir psyché à cadre noir. Son reflet ne montre pas la chambre où vous vous tenez. Il montre une chambre 13 identique mais ravagée : lit éventré, papier peint moisi, lampe brisée. La fenêtre du reflet donne sur une cour qui n'est pas celle de Boston."
Le miroir respire. Plus exactement, il bat lentement, comme un tambour sourd dont le son n'arrive jamais aux oreilles.
- S'approcher du cadre : un courant froid en sort. Pas de jet, juste la sensation que la pièce se vide d'air.
- Toucher la surface : elle ne réfléchit pas le doigt. Elle le laisse passer comme une eau lourde qui ne mouille pas.
- Forcer la traversée (test Physique 9+, description claire de qui tient la main de qui). Succès partiel : un PJ passe seul de l'autre côté. Succès complet : tout le groupe traverse.
Scène B : la réplique du Fairhaven
De l'autre côté, l'hôtel existe encore. Mais quelqu'un a vécu après les disparus. Meubles déplacés, couverts sales sur la table de chevet, traces de pas dans la poussière qui ne mènent nulle part. Au pied du lit, un cahier d'écolier ouvert. Les premières pages sont en anglais correct (la dernière disparue, Sarah Whitley, tenait un journal). Les dernières pages glissent dans une langue où les PJ reconnaissent, sur jet Mental 11+ avec Avantage si Latin de sacristie ou Mémoire d'érudit, des fragments d'un dialecte qu'aucun manuel de Miskatonic ne nomme.
- Test Mental 11+ sur les dernières pages : le PJ comprend que Sarah a continué à écrire après sa disparition. Pas longtemps. Trois pages.
- Diagnostic clinique sur les couverts sales : les traces ne sont pas humaines. Pas tout à fait. Pas tout à fait pas non plus.
- Œil de l'antiquaire sur le miroir vu depuis ce côté : le cadre est plus ancien que le reste de l'hôtel. Travail de Salem, fin du XVIIIᵉ.
Scène C : ce qui monte l'escalier
Au troisième tour passé dans la chambre miroir, ils entendent quelque chose monter l'escalier. La descente n'est pas précipitée. Elle est patiente. Elle prend son temps. Le PJ qui regarde dans le couloir voit, au bas des marches, une silhouette qu'il ne pourra pas décrire. Pas par peur. Par incapacité. Le retour exige le miroir, et le miroir, vu de l'autre côté, montre la vraie chambre 13 où Marlowe les attend, livide, avec une lampe-tempête.
Mr. Marlowe, gérant (Moyen 9).
Mental 4 / Physique 2 / Social 3 - Défense 9. Pas de bonus d'armure. Sexagénaire, costume noir trop large, sait trop pour son âge. Sa famille a fui une maison de Salem en 1898 ; il reconnaît un seuil quand il en voit un. Il a gardé pour la fin un coffret cerclé de fer.
Acte 3 : la fermeture du seuil
"La traversée a affaibli le miroir. Il bat comme un tambour sourd, et Marlowe, en bas de l'escalier, vous attend avec une lampe-tempête à pétrole et un coffret de bois cerclé de fer. À l'intérieur : six plaques de plomb gravées, une boule de cire d'abeille blanche, un petit ciseau de bronze. Le scellement, dit-il, lui a été enseigné par un vieil Italien qui avait servi un évêque. Il faut sortir le miroir dans le couloir, l'entourer de plomb, sceller chaque jointure de cire blanche, brûler le cahier sur place."
Le rituel
- Sortir le miroir (test Physique 10+, Désavantage faute de prise sur le cadre noir). Échec : la pièce de verre fend, la chose pousse plus fort. Succès : il glisse dans le couloir comme un cercueil debout.
- Disposer les plaques de plomb (test Mental 9+ avec Avantage si Latin de sacristie). Le bord doit être complet, sans rupture. Une plaque mal posée laisse une fente.
- Sceller à la cire blanche (test Physique 9+). La cire chauffée à la lampe-tempête, posée à la lame, doit fermer chaque jointure. Trois rounds, trois jets.
- Brûler le cahier (action gratuite, mais ressort narratif fort). Le feu de papier mouillé prend mal. Le PJ qui tient la flamme jure que les pages se referment seules au moment d'être lues.
L'homme du couloir
Pendant le rituel, deux choses arrivent en même temps. La chose du miroir cogne (jet Mental 10+ chaque round pour ne pas céder à la panique). Et un autre client de l'étage, le pensionnaire de la chambre 11, ouvre sa porte. C'est un homme grand, au manteau trempé, dont le visage ne ressemble à aucun visage que les PJ ont vu, et qui leur sourit. Il dit en français : "Je vous ai déjà rencontrés. Pas ici. Pas tout de suite."
- Le laisser partir : il salue, descend l'escalier, sort sous la pluie. Le rituel s'achève. Mais il reviendra dans un autre scénario, et il connaîtra le nom des PJ.
- L'arrêter (test Social 13+ ou Physique 12+) : impossible à immobiliser longtemps. La main qui le retient se referme sur du tissu vide. Pendant ce temps, le scellement échoue d'un round.
- L'ignorer : il marque les PJ. Une carte postale arrivera dans les six mois, écrite en français sans signature, postée d'un port qu'aucun atlas ne nomme.
L'aube
À l'aube, le miroir est scellé. Le cahier brûle. La chambre 13 sera murée par décision de Marlowe avant midi. Les PJ sont payés. Marlowe pleure en les payant. Il ne dit pas pourquoi.
Épilogue (selon le choix)
Si le seuil a été scellé proprement
Mrs. Whitley reçoit un cercueil vide à enterrer. Sarah n'est pas revenue. La famille paie la somme convenue, deux cents dollars en pièces d'or de famille. Marlowe ferme l'hôtel un mois plus tard et part dans une maison de retraite du Vermont. Il y mourra en mars 1925 sans avoir reparlé à personne du miroir.
Si l'homme du couloir a été laissé partir
Six mois plus tard, un des PJ reçoit une carte postale. Elle est écrite en français appliqué, sans signature. Elle dit : "Je vous ai retrouvés. Je suis ravi." Le timbre représente un port que personne à la rédaction du Boston Daily Mirror ne sait situer. Joss Parnell, si présent, est priée de se taire à ce sujet par son rédacteur en chef.
Si un PJ a traversé seul
Tout PJ qui a passé plus d'un round seul de l'autre côté gagne une marque durable d'Effleurement Cosmique. Au choix avec le joueur : un cauchemar récurrent où il monte un escalier qu'il n'a jamais vu, une aversion irrationnelle pour les miroirs psyché, un fragment de mot dans une langue qu'il n'a jamais apprise. La marque revient deux scénarios plus tard.
Récompenses communes
- Honoraires Whitley : 200 dollars en pièces d'or de famille, partagés à parts égales.
- Marlowe : ajoute un coffret en bois noir contenant une plaque de plomb gravée non utilisée. Réutilisable pour un futur seuil.
- Réputation : +1 dans le milieu spirite de Boston, à manier avec discrétion.
- Talent gagné : chaque PJ peut acquérir un Talent supplémentaire validé par la table.
Statblocks rapides
Mr. Marlowe, gérant du Fairhaven (Moyen)
Mental 4 / Physique 2 / Social 3 - Défense 9. Pas combattant. Connaît un rituel de scellement appris d'un vieil Italien. Pleure facilement.
L'homme du couloir (Valeur, à ne pas combattre)
Mental 6 / Physique 4 / Social 4 - Défense 14. Manteau trempé, visage qui glisse, parle français avec un accent que personne ne place. Insensible à la peur, à la douleur, aux armes courantes. Si un PJ le frappe, le coup ne porte pas.
Sarah Whitley (souvenir, n'apparaît qu'en photographie)
n/a. Vingt-trois ans, dactylographe au Boston Daily Mirror, brune fragile, fiancée à un employé de banque qui l'a quittée en octobre. A loué la chambre 13 pour un week-end de réflexion.
Mrs. Whitley, sa mère (Faible)
Mental 3 / Physique 1 / Social 3 - Défense 7. Veuve, robe noire, paie en pièces d'or de famille. Une seule question.
Margaret, femme de chambre (Faible)
Mental 2 / Physique 3 / Social 2 - Défense 7. Refuse de monter au troisième étage depuis octobre. A entendu son prénom dans un couloir vide.
Lieux clés
- Hall du Fairhaven Hotel : comptoir de chêne ciré, papier peint vert qui pèle au plafond, ascenseur grillagé qui grince, parfum bon marché et pluie sur les bottes.
- Chambre 13 : lit cuivré, table de chevet, miroir psyché à cadre noir. Calme trompeur, courant d'air lent, odeur d'eau croupie qui revient quand on l'oublie.
- Chambre 13 du miroir : identique mais habitée par autre chose. Silence anormal. Pas qui montent l'escalier sans hâte.
- Couloir nuit du scellement : lampe-tempête à pétrole, plaques de plomb gravées, cire d'abeille blanche. Battements sourds derrière le verre.
Boîte à variantes
- Marlowe a déjà laissé filer un seuil. Si Helene Marsh fouille les registres antérieurs, elle découvre qu'un autre miroir pareil a été scellé en 1907 dans une maison de Cambridge. Marlowe y était garçon de courses. Il se tait sur ce qui s'est passé là-bas.
- Le cahier de Sarah parle des PJ. Au troisième relevé Mental, le PJ qui lit reconnaît son propre nom dans une marge. Sarah, de l'autre côté, écrit qu'elle attend des visiteurs. Elle n'a jamais rencontré les PJ. Pas dans cette vie.
- Mrs. Whitley sait. Variante difficile : la mère a déjà perdu une sœur en 1903 dans des conditions similaires. Elle paie pour qu'on cherche, mais elle n'attend pas un corps. Elle attend une preuve qu'elle n'est pas folle.
- Le pensionnaire de la chambre 11 demande de l'aide. Variante chambre piégée : avant de sourire, il pose en français une question simple. Le PJ qui répond la verra revenir dans ses rêves.

