Les Cités sous la Méditerranée

Cassis, juillet 1877. Une cité phocéenne soulevée par un tremblement, un archéologue helléniste, un pillard napolitain, des lumières mouvantes à minuit. Le positivisme à l'épreuve.

Fiche technique

Joueurs : 3 à 4
Durée : 4 à 5 heures
Ton : archéologie sous-marine, positivisme à l'épreuve, antagoniste pillard, phénomènes ambigus
Matériel : 2D6 par joueur, fiche La Vue du Salon, lexique grec ancien (optionnel)
Cadre temporel : Marseille, juin 1877. Le professeur Étienne Roussel, soixante-quatre ans, helléniste émérite de la Faculté des Lettres, sonne à la porte de l'orphelinat marseillais qui sert d'adresse au quatuor. Il pose sur la table trois objets remontés par un pêcheur de Cassis. Une amphore phocéenne du VIe siècle av. J.-C. Un fragment de bronze gravé. Un morceau de mosaïque au dauphin stylisé.

Synopsis

La nuit du 14 mai 1877, un tremblement de terre sous-marin de magnitude modérée secoue le golfe du Lion. Quelques toits tombent à La Ciotat. Aucune victime humaine. Mais le séisme déplace les sédiments au pied des falaises de Cassis et révèle une cité phocéenne inconnue, contemporaine de la fondation de Massilia (vers 600 av. J.-C.), engloutie depuis vingt-quatre siècles par un tsunami antique et conservée intacte sous le sable. Le professeur Roussel veut une expertise méthodique avant que les pillards de Marseille et les marchands d'antiquités de Naples ne dévalisent le site.

Mais Roussel précise, gêné, qu'il y a autre chose. Deux pêcheurs ont rapporté avoir vu, à minuit pleine lune, des lumières mouvantes dans l'eau près du site. Un troisième prétend avoir entendu des chants. Roussel n'y croit pas vraiment, mais il préfère une équipe sérieuse plutôt que des journalistes superstitieux. Sur place, le quatuor découvre une agora intacte, des colonnes ioniques debout, des mosaïques au dauphin et au thon. Et une porte de bronze à fermoir de plomb gravé d'un visage féminin. Un yacht napolitain ancré à cinq cents mètres tourne autour du site depuis deux jours.

Le vrai sujet : tenir l'équilibre vernien entre positivisme strict et ouverture aux merveilles. Tout phénomène lumineux doit pouvoir s'expliquer scientifiquement (bactéries, gaz organique, champ magnétique), mais le MJ peut laisser flotter le doute sans trancher. Verne lui-même hésitait. Honorez l'hésitation.

Rappel des paliers de résolution

2D6 + caractéristique (1 à 5) + bonus de Talent. Lecture du résultat :

  • 5 ou moins : échec critique, complication immédiate.
  • 6 à 8 : échec, l'action ne passe pas.
  • 9 à 10 : succès partiel, ça passe avec un coût.
  • 11 à 14 : succès complet.
  • 15 et plus : succès critique.

Avantage = 3D6, garder les 2 meilleurs. Désavantage = 3D6, garder les 2 pires. La Vue du Salon : 1×/scène, un PJ situé derrière un hublot, une lunette ou un instrument scientifique convertit un succès partiel 9-10 en succès complet 11-14, à condition de citer à voix haute une donnée naturaliste précise (espèce, courant, fossile, stratification, datation par recoupement). Coût : Désavantage à la prochaine action de combat physique.

Acte 1 : l'appel du professeur Roussel

Calanque de Cassis au crépuscule, eau turquoise translucide, voilier d'expédition la Madone de Cassis ancré à cent mètres du rivage, équipage qui descend une cloche cuivrée par treuil à vapeur, falaises calcaires blanches qui plongent dans l'eau, profil d'une statue antique brisée visible sous l'eau peu profonde, mouettes dans le ciel orangé, lumière de fin de journée méditerranéenne, gravure verniste style Riou
Lisez aux joueurs :
"Marseille, fin juin 1877. La cloche de l'orphelinat sonne deux heures. Un homme petit, voûté, en redingote tabac, sonne à la porte. Lunettes cerclées de cuivre, mains tachées d'encre, accent de la Faculté qui tient à ses voyelles ouvertes. Il pose sur la table un sac de toile. Trois objets sortent l'un après l'autre. Une amphore phocéenne intacte, glaçure noire encore visible. Un fragment de bronze gravé en grec ancien lisible. Un morceau de mosaïque au dauphin stylisé. Roussel relève les yeux. Il dit : « Massalia n'a peut-être pas été la première colonie phocéenne du Lacydon. »"

Roussel résume la situation. Le tremblement de terre du 14 mai a déplacé les sédiments dans la baie de Cassis. Les trois objets sortent du fond depuis la mi-juin, remontés à la ligne par un pêcheur local nommé Bastien Reynaud. Aucun sondage antérieur n'avait signalé de site submergé à cet endroit. Roussel en déduit qu'une cité phocéenne, possiblement contemporaine de Massilia, a été engloutie par un tsunami antique et conservée intacte sous le sable. Le séisme a ouvert la couverture sédimentaire. Il faut agir vite avant que les pillards ne se servent. Mais Roussel précise qu'il y a aussi des rumeurs de phénomènes lumineux la nuit, et qu'il préfère une équipe sérieuse plutôt que la presse à sensation.

Premières pistes ouvertes

  • Authentifier les objets (Mental 9, Vauquois en Avantage par sa bibliothèque numismatique et son réseau d'archéologues). Vauquois examine les trois objets au laboratoire de la Faculté. Glaçure noire phocéenne, alphabet ionien archaïque, style mosaïque cohérent avec Phocée d'Asie Mineure. Tout concorde. Pas de faux.
  • Sonder les pêcheurs (Social 9, Lerouvier en Avantage par son réseau de capitaineries). Lerouvier descend à Cassis dans la matinée du 2 juillet et retrouve Bastien Reynaud au cabanon de pêche de la calanque d'En-Vau. Reynaud confirme : trois prises à la ligne en deux semaines, profondeur estimée à douze brasses au pied des falaises blanches. Il a vu lui-même des lumières dans l'eau le 28 juin à minuit. Pas de chants.
  • Vérifier la sismographie (Mental 9, Morel en Avantage par son réseau hydrographique). Morel télégraphie au Bureau des Longitudes à Paris. Réponse en quatre heures : le séisme du 14 mai a été enregistré aux observatoires de Marseille et de Nice, magnitude 4,2 sur l'échelle Rossi-Forel, épicentre estimé à six milles au sud-ouest de Cassis, profondeur quatre kilomètres. Cohérent avec une faille basaltique réactivée.
  • Préparer le matériel de plongée (Social 9). Lerouvier négocie auprès de la marine de Toulon le prêt d'une cloche de plongée légère type Carmagnolle 1875. Tarif d'amitié, contre engagement écrit du quatuor de remettre toute pièce remontée à la commission archéologique de la Faculté de Marseille. Délai de prêt : trois semaines.

Embarquement sur la Madone de Cassis, voile latine louée à Bastien Reynaud, départ le 5 juillet 1877. Mer plate, mistral léger, soleil de juillet. Roussel embarque avec le quatuor, malgré son âge et son arthrite, parce qu'il refuse de rester à terre quand sa cité émerge. Il dort dans la cabine arrière, lit Strabon en grec ancien à la lampe à huile, et se lève à l'aube pour scruter l'horizon.

Conseil MJ : Roussel n'est pas un méchant ni un naïf. C'est un savant honnête, attaché à son site, prêt à reconnaître ses propres hypothèses lorsqu'on lui présente des données contradictoires. Donnez-lui du dialogue, des contre-questions, du doute philologique. Quand un PJ propose une hypothèse, Roussel la teste. Quand un PJ se trompe sur un détail grec, Roussel corrige avec gentillesse. Le scénario gagne en profondeur si Roussel devient un cinquième joueur intermittent à la table.

Acte 2 : la cité sous le sable

Place antique d'inspiration phocéenne sous quatorze brasses d'eau dans la baie de Cassis, colonnes ioniques debout couvertes de coquillages, mosaïque au sol intacte représentant des thons stylisés et des dauphins, deux scaphandriers en cuivre qui marchent lentement entre les colonnes éclairés par leur faisceau de lampe, banc de mérous qui passe en ombre, lumière bleu-cyan profonde, gravure verniste style Riou

Topographie du site

Cassis, baie blanche, falaises calcaires, eau turquoise. Le site est à un kilomètre du port, profondeur dix à quatorze brasses, fond de sable sur roche calcaire. Première plongée le 6 juillet. Vauquois descend en cloche de plongée légère, Morel relève le plan, Lerouvier supervise depuis la Madone, Delange photographie depuis la barque avec une chambre adaptée au plein soleil méditerranéen. Sous le sable déplacé par le séisme, le quatuor distingue un quai de pierre taillée, deux colonnes doriques renversées mais entières, un pavement de mosaïque représentant des thons stylisés et des dauphins (style phocéen reconnaissable), et l'embouchure d'une ruelle bordée de fondations basses. Pas de squelette humain visible : les corps de l'engloutissement antique ont été emportés ou décomposés depuis vingt-quatre siècles.

À l'extrémité de la ruelle

Une porte de bronze à demi enfouie, scellée d'un fermoir de plomb gravé d'un visage féminin. Roussel l'identifie comme une protectrice tutélaire de la cité, possiblement Athéna Polias ou une divinité phocéenne locale dont le nom n'est pas encore lisible. La porte fait deux mètres de haut, un mètre de large, bronze couvert de patine verte, sans poignée extérieure. Le fermoir de plomb est intact malgré vingt-quatre siècles d'immersion : le plomb antique des Phocéens était d'une pureté que les fonderies modernes ne reproduisent pas exactement.

Trois pistes d'enquête sous-marine

  • Voie épigraphique. Morel relève les inscriptions sur le fragment de bronze remonté par Reynaud et sur le linteau de la porte de bronze. Jet Mental difficulté 11 (Roussel en Avantage en surface si Morel lui transmet les calques). Sur succès, l'inscription du linteau livre un nom de cité : Λυσσά (Lyssé), inconnue des sources antiques mais attestée par recoupement. Sur succès partiel 9-10, Vauquois peut invoquer La Vue du Salon en citant une donnée naturaliste précise observée par hublot (par exemple : « Le calcaire urgonien autour des fondations contient des nummulites éocènes. La cité a été bâtie sur une plate-forme rocheuse de soixante millions d'années, parfaitement stable jusqu'au tsunami antique. ») pour convertir en succès complet 11-14.
  • Voie hydrographique. Morel étudie les courants et la stratigraphie du sédiment qui couvrait la cité jusqu'au 14 mai. Jet Mental difficulté 11. Sur succès, il déduit que le tsunami antique a eu lieu vers 580-560 av. J.-C., compatible avec une mention de Strabon que Roussel n'avait jamais réussi à localiser géographiquement. Donnée capitale pour la datation absolue du site.
  • Voie photographique. Delange descend en cloche pendant la deuxième plongée, le 8 juillet, avec une chambre photographique sous-marine adaptée par un opticien marseillais (système Bauer 1876). Jet Mental difficulté 13. Sur succès, elle ramène six plaques au collodion humide qui fixent la mosaïque, les colonnes ioniques, et la porte de bronze. Documentation décisive pour la presse et pour la commission archéologique. Sur succès partiel, deux plaques sur six sont voilées par l'humidité.

Le phénomène lumineux du 8 juillet

Pendant la deuxième plongée, alors que Morel relève la coupe de la ruelle au lavis et que Vauquois examine le fermoir de plomb à la loupe, un phénomène lumineux se produit. Une lumière phosphorescente verte parcourt les fondations pendant trois minutes, suivant la ligne des murs comme si elle redessinait la cité d'origine. Vauquois, dans la cloche, prend des notes médicales : aucun symptôme de narcose, observation lucide partagée par les deux plongeurs. Morel propose une hypothèse scientifique : phosphorescence de bactéries luminescentes (Pyrocystis ou Noctiluca) dérangées par la perturbation sédimentaire récente, ou champ magnétique terrestre déstabilisé par la faille basaltique réactivée. Roussel, à la surface, propose une autre hypothèse en grec ancien : « Ψυχαὶ τῆς Λυσσᾶς », les âmes de Lyssé. Personne n'ose trancher. Vauquois note l'heure exacte du phénomène et la phase de la lune (gibbeuse décroissante).

Professeur Étienne Roussel soixante-quatre ans, redingote tabac, lunettes cerclées de cuivre, cheveux blancs courts, barbe taillée, mains tachées d'encre, posture voûtée, regard pétillant d'érudit, fond de cabinet universitaire avec étagères chargées d'amphores et plans grecs au mur, lumière de fin d'après-midi marseillaise

Pr. Étienne Roussel, archéologue commanditaire (Moyen 11).

Mental 5 / Physique 2 / Social 4 - Défense 11. Soixante-quatre ans, redingote tabac, lunettes cerclées de cuivre, helléniste émérite, chaire à la Faculté de Marseille depuis 1862. Lit Strabon, Pausanias et Hérodote en grec ancien. Honnête, attaché à sa science, prêt à reconnaître ses propres erreurs face aux données. Cinquième joueur intermittent à la table.

Acte 3 : la porte de bronze

Climax dans la chambre interne sous la porte de bronze de la cité phocéenne immergée, autel votif intact en marbre blanc, six statues de bronze d'un mètre de haut, coupe d'argent posée sur l'autel, tube de plomb scellé contenant un papyrus, atmosphère de poche d'air conservée vingt-quatre siècles, lumière de torche sur le bronze antique patiné, agent du consortium en scaphandre noir avec pied de biche en main intervenant à l'entrée, gravure verniste style Riou
Lisez aux joueurs :
"10 juillet 1877, neuf heures du matin. Un yacht à vapeur ancre à cinq cents mètres de la Madone. Coque blanche, cheminée jaune cerclée de noir, pavillon napolitain. Delange consulte ses dossiers de presse italienne. Elle se redresse. Elle dit : « Ferdinando Crispi. Archéologue de Naples. Il a flairé le site. » Trois plongeurs descendent du yacht en scaphandres lourds. Ils n'ont pas attendu l'autorisation préfectorale. Ils arrachent déjà des tesselles de mosaïque pour les revendre à la pièce. Le quatuor doit choisir : protéger le site, ou ouvrir la porte de bronze avant que tout ne soit pillé. Ou les deux."

Ferdinando Crispi, archéologue obsédé

Ferdinando Crispi (Valeur 16 : Mental 6 / Physique 4 / Social 6 - Défense 16). Cinquante ans, redingote noire, accent napolitain, archéologue compromis, financé par des collectionneurs anonymes britanniques et russes. Il dispose de trois plongeurs en scaphandre lourd (Moyen 10 chacun en surface : Mental 2 / Physique 5 / Social 3 - Défense 10) et de deux matelots du yacht (Faible 8 chacun : Mental 2 / Physique 4 / Social 2 - Défense 8). Le yacht Pompeo Magno est armé d'un seul canon léger en chasse, plus impressionnant que dangereux. Crispi a déjà pillé le site de Punta della Campanella en 1874 et celui de Misène en 1876. Il n'est pas un monstre : c'est un savant compromis qui a glissé du côté du marché des antiquités.

Trois voies de résolution

  • Voie de protection. Lerouvier confronte Crispi sur son yacht. Combat possible (Crispi Valeur 16, ses trois plongeurs Moyen 10 chacun en surface, deux matelots Faible 8), ou négociation rude où Lerouvier menace d'alerter le ministère de la Marine français et les autorités italiennes par télégraphe immédiat depuis Cassis. Jet Social difficulté 13. Sur succès, Crispi se replie temporairement vers Naples, mais reviendra dans quelques mois pour une vengeance préparée. Sur échec, le combat sur le pont du Pompeo Magno est dur : Crispi vise le moral, fait tirer son canon léger en sommation, lâche après deux blessés graves chez ses hommes.
  • Voie d'ouverture. Vauquois et Morel descendent ensemble pour ouvrir la porte de bronze pendant que Lerouvier et Delange tiennent la Madone. Le fermoir de plomb cède au burin de bronze (jet Physique difficulté 11). Derrière, une chambre interne intacte, vide d'eau : poche d'air conservée vingt-quatre siècles par étanchéité du plomb antique et de la pression hydrostatique. À l'intérieur, un autel votif en marbre blanc, six statues de bronze d'un mètre de haut, une coupe d'argent, et un papyrus égyptien protégé dans un tube de plomb scellé. Les phénomènes lumineux cessent dès l'ouverture de la porte. Phénomène expliqué (poche de gaz organique enfermée depuis l'Antiquité, ou champ magnétique stabilisé par dépressurisation), ou non, selon le choix du MJ.
  • Voie combinée. Le quatuor se sépare. Lerouvier et Delange tiennent Crispi à distance par la diplomatie (Delange brandissant sa carte de presse de L'Illustration et menaçant d'un article international) pendant que Morel et Vauquois ouvrent la porte. Cette option exige deux jets simultanés réussis (Social difficulté 13 pour Lerouvier ou Delange, Mental difficulté 11 pour Morel ou Vauquois) et constitue le climax le plus riche. Sur double succès, le quatuor sauve le site complet et obtient le contenu de la chambre interne.

Le papyrus dans le tube de plomb

Si la porte est ouverte, le papyrus est récupéré dans son tube scellé. Vauquois le manipule à la pince, dans des conditions de température et d'humidité contrôlées sur la Madone. Roussel le déchiffrera sur trois semaines à la Faculté de Marseille. Le contenu : un fragment de poème sur la chute d'une cité par la mer, signé d'un nom phocéen inconnu de l'historiographie (Damasias de Lyssé), avec une indication géographique vers d'autres cités englouties (Cornouailles, mer Égée centrale, golfe Persique). Si le MJ choisit la voie cosmique discrète, ces indications ouvrent un arc de campagne en six scénarios. Si le MJ préfère le positivisme strict, le papyrus est simplement un poème lyrique d'un auteur perdu, exhumé après vingt-quatre siècles, et c'est déjà miraculeux. Les deux lectures sont valides.

Conseil MJ : le scénario est volontairement borderline sur le surnaturel. Les phénomènes lumineux peuvent s'expliquer scientifiquement (bactéries luminescentes Noctiluca scintillans, gaz organique de décomposition ancienne, champ magnétique local sur faille basaltique), ou rester ouverts au mystère selon le ton choisi par le MJ. Verne lui-même hésitait entre positivisme strict et ouverture aux merveilles : honorez cette hésitation. Surtout : tout doit pouvoir s'expliquer scientifiquement même si rien n'est expliqué. Verne est positiviste. Pas occultiste. Pas Lovecraft. Le merveilleux scientifique, jamais le surnaturel direct.

Épilogue

Issue commune

Le site est mis sous protection officielle par le préfet des Bouches-du-Rhône à la demande de Roussel et sur intervention de Delange via L'Illustration (article retentissant le 25 août 1877). Ferdinando Crispi est expulsé du territoire français et poursuivi à Naples (sans grand effet sur le plan judiciaire italien, mais sa réputation académique en pâtit durablement). Les six statues de bronze, la coupe d'argent et le papyrus sont déposés au musée Borely de Marseille. Roussel publie en 1878 un mémoire de référence sur la cité phocéenne dite Polis Lyssé, du nom proposé par les inscriptions trouvées sur place. Le mémoire sera traduit en allemand par Schliemann en 1880.

Sur les phénomènes lumineux

Les phénomènes lumineux demeurent inexpliqués officiellement. Roussel, dans une lettre privée adressée à Morel en novembre 1877, mentionne qu'un confrère britannique de Cambridge (le professeur Whitfield) lui a écrit pour lui faire part de phénomènes similaires observés près de la côte cornouaillaise, à la pointe de Lizard. Le MJ peut ouvrir une suite de campagne sur l'investigation des cités sous-marines à travers l'Europe et le bassin méditerranéen. Le Nautilus, lui, n'apparaît pas dans ce scénario : la mer Méditerranée reste son territoire d'élection selon le canon vernien, mais les PJ ne croisent aucune silhouette sous-marine cette fois. La présence éventuelle de Nemo sur les sites cornouaillais ou égéens est laissée à la discrétion du MJ pour les scénarios suivants.

Si Crispi a été humilié publiquement

L'archéologue napolitain perd ses contrats britanniques et russes. Il déménage à Trieste en mars 1878 et reparaît dans deux scénarios ultérieurs comme antagoniste récurrent, financé par un nouveau commanditaire austro-hongrois. Il a vieilli, durci, et n'oubliera pas le quatuor. Vengeance préparée à froid, pas à chaud.

Récompenses communes

  • Honoraires de mission : dix mille francs par PJ, versés par la Faculté des Lettres de Marseille au compte de l'orphelinat marseillais qui sert d'adresse au quatuor.
  • Allié Roussel : Avantage permanent en jet Mental pour toute consultation érudite (grec ancien, archéologie méditerranéenne, philologie classique) dans les scénarios suivants.
  • Réseau Borely : le musée Borely de Marseille devient un hub de consultation scientifique pour le quatuor, accessible sans formalité administrative pour toute pièce ou document antique.
  • Talent gagné : chaque PJ peut acquérir un Talent supplémentaire validé par la table.

Statblocks rapides

Pr. Étienne Roussel, archéologue commanditaire (Moyen)

Mental 5 / Physique 2 / Social 4 - Défense 11. Soixante-quatre ans, redingote tabac, lunettes cuivre, helléniste émérite, chaire à la Faculté de Marseille. Cinquième joueur intermittent à la table.

Ferdinando Crispi, archéologue obsédé (Valeur)

Mental 6 / Physique 4 / Social 6 - Défense 16. Cinquante ans, redingote noire, accent napolitain, financé par collectionneurs anonymes britanniques et russes. Antagoniste pivot, retour possible.

Plongeurs en scaphandre lourd de Crispi (Moyen, ×3)

Mental 2 / Physique 5 / Social 3 - Défense 10. Trois plongeurs napolitains en scaphandre Cabirol, marteaux et burins. Combat efficace en surface, lents sous l'eau.

Matelots du yacht Pompeo Magno (Faible, ×2)

Mental 2 / Physique 4 / Social 2 - Défense 8. Marins italiens armés de fusils Vetterli 1870. Se replient si Crispi tombe.

Joaquim Tavares, scaphandrier de retour (Moyen)

Mental 2 / Physique 5 / Social 2 - Défense 9. Quarante-deux ans, plongeur azoréen revenu en mission contractuelle après les Açores, fidèle au quatuor depuis Sotavento.

Préfet Léon Brisson, allié administratif (Moyen)

Mental 4 / Physique 2 / Social 4 - Défense 10. Cinquante-cinq ans, frac noir, autorité préfectorale, sensible aux articles de presse parisienne. Activé par l'intervention de Delange via L'Illustration.

Lieux clés

  • Cabinet de Roussel, Faculté de Marseille : étagères chargées d'amphores, plans grecs au mur, encrier en bronze, fenêtre sur le port. Briefing érudit, objets remontés posés sur la table, voix passionnée du professeur.
  • Baie de Cassis : falaises calcaires blanches, eau turquoise, profondeur progressive de quatre à quatorze brasses, fond de sable sur roche calcaire urgonienne. Plongée dans la lumière, mer méditerranéenne sereine, soleil de juillet.
  • Cité phocéenne immergée (Polis Lyssé) : quai de pierre taillée, deux colonnes ioniques debout couvertes de coquillages, mosaïque de thons et dauphins, ruelle bordée de fondations, porte de bronze à fermoir de plomb. Émerveillement archéologique, vingt-quatre siècles révélés, lumière phosphorescente énigmatique.
  • Yacht Pompeo Magno : vapeur italien à pavillon napolitain, coque blanche, cheminée jaune cerclée de noir, deux scaphandres lourds sur le pont, table d'antiquités saisies à Punta della Campanella en 1874. Tension de confrontation, pillage organisé, négociation rude.
  • Chambre interne sous la porte de bronze : poche d'air conservée vingt-quatre siècles, autel votif en marbre blanc, six statues de bronze, papyrus dans tube de plomb scellé. Découverte stupéfiante, silence après l'ouverture, lumière de torche sur le bronze antique patiné.

Boîte à variantes

  • Bastien Reynaud a un secret. Variante humaine : le pêcheur cassidain qui a remonté les premiers objets a en réalité repéré le site dès le 18 mai (quatre jours après le séisme), et a vendu en sous-main une amphore intacte à un marchand marseillais avant d'alerter Roussel. Si Lerouvier ou Delange enquête sur les antiquaires de la rue Paradis (jet Social 11), ils retrouvent l'amphore et apprennent l'existence de cette première transaction.
  • Le papyrus est en démotique. Variante érudite : le papyrus retrouvé dans le tube de plomb n'est pas en grec ancien mais en démotique égyptien tardif, ce qui suggère un commerce phocéen avec Naucratis bien avant la fondation de Massilia. Roussel doit faire appel à un égyptologue parisien (Maspero) pour le déchiffrement, ce qui repousse la publication du mémoire à 1879 et complique l'arc cornouaillais.
  • Crispi est un agent austro-hongrois. Variante de campagne : Ferdinando Crispi est financé non par des collectionneurs privés mais par les services secrets de la double monarchie, qui veulent récupérer toute pièce phocéenne pouvant attester d'une présence grecque préromaine en Adriatique (revendications territoriales sur l'Istrie). Cette piste politise le scénario et ouvre un arc d'espionnage scientifique sur trois épisodes.
  • Les chants existent. Variante minoritaire : et si le troisième pêcheur (celui qui prétendait avoir entendu des chants) avait raison ? Le MJ peut décider que la chambre interne contient un mécanisme acoustique antique (deux tubes de bronze dont l'un est rompu) qui produit, sous l'effet du courant et de la pression, une harmonique audible jusqu'à la surface par nuit calme. Phénomène expliqué scientifiquement après ouverture, mais préservant l'émerveillement initial. Verne aurait approuvé.

Suite logique