Fiche technique
Synopsis
Le Comte Szilárd Almasy voyage régulièrement sur l'Orient-Express. Première classe, cabine 7. Il ne quitte pas sa cabine entre vingt-deux heures et l'aube. Il ne prend ses repas qu'au dîner. Il ne reçoit aucune visite. Il a déjà voyagé deux fois sur l'Orient-Express dans les six derniers mois, toujours selon le même schéma. Le grand miroir au-dessus du buffet du wagon-restaurant reflète la salle entière, sauf une chaise occupée.
Pendant la deuxième nuit, une avalanche coupe la voie dans un col carpatique. Deux passagers de seconde classe disparaissent dans la nuit. Une chapelle abandonnée à deux kilomètres au-dessus du col abrite un deuxième cercueil de réserve. Les PJ ont neuf heures avant que le crépuscule ne réveille Almasy. Au-delà, ils auront à l'affronter dans un couloir étroit de wagon-lit, sous une lampe à abat-jour vert, alors que la lune se lève au-dessus du col.
Rappel des paliers de résolution
2D6 + caractéristique (1 à 5) + bonus de Talent. Lecture du résultat :
- 5 ou moins : échec critique, complication immédiate.
- 6 à 8 : échec, l'action ne passe pas.
- 9 à 10 : succès partiel, ça passe avec un coût.
- 11 à 14 : succès complet.
- 15 et plus : succès critique.
Avantage = 3D6, garder les 2 meilleurs. Désavantage = 3D6, garder les 2 pires. Le Talisman de Foi : 1×/scène, un PJ présente un objet de foi sincère face à une menace surnaturelle. Le succès partiel 9-10 devient succès complet 11-14, sans jet supplémentaire. Coût : si l'objet est utilisé en vain, il se fissure et le PJ subit Désavantage à la prochaine confrontation surnaturelle.
Acte 1 : repérage en wagon-restaurant
"Wagon-restaurant Compagnie Internationale, deuxième nuit de voyage. Lampes à abat-jour rouge sur chaque table. Dîner en tenue de soirée, service en livrée bleu nuit, vins de Bourgogne et de Tokay. Vous mangez sans avoir l'air de surveiller. Pendant le service du dessert, le grand miroir au-dessus du buffet reflète la salle entière sauf une chaise occupée. À cette chaise est assis un homme en costume de voyage sombre, cheveux poivre lissés, écharpe de soie noire, gants noirs, sourire courtois adressé au serveur qui vient de déposer devant lui un plat qu'il ne touche pas."
Premiers indices
- Lecture du miroir (Mental 9, Œil pour le surnaturel en Avantage). La salle se reflète à l'identique sauf cette chaise précise. Un PJ qui change de place pour vérifier confirme : la chaise reste vide dans le miroir, quel que soit l'angle. Aucun reflet dans la fenêtre non plus, juste la nuit qui défile.
- Observer le repas (Mental 9). Le couvert est dressé, le verre rempli, mais Almasy ne mange pas. Couteau et fourchette parfaitement parallèles. Vin rouge à demi plein, niveau qui ne baisse pas entre deux plats.
- Compter ses gestes (Mental 10). Almasy ne respire pas comme un homme. Sa cage thoracique ne se soulève qu'à intervalles longs, comme s'il se rappelait de respirer pour la galerie. Une fois toutes les trois minutes, environ.
Interroger le chef de wagon
Monsieur Reverdy, soixantaine, français, livrée bleu nuit, accepte un échange discret en passant. Almasy a réservé sa cabine de première classe à Budapest. Embarqué un coffre de bois sombre, deux mètres de long, soixante centimètres de large, qui pèse plus lourd qu'un coffre vide ne devrait peser. Le coffre est dans la cabine d'Almasy, pas en soute. Almasy ne quitte pas sa cabine entre vingt-deux heures et l'aube. Il ne prend ses repas qu'au dîner, jamais au petit-déjeuner. Il a déjà voyagé deux fois sur l'Orient-Express dans les six derniers mois, toujours selon le même schéma.
Reverdy n'aime pas Almasy. Il ne sait pas pourquoi. Il a quarante ans de service. Il a appris à se fier à ce qu'il ne sait pas pourquoi.
Première Déduction et Talisman de Foi possible
Qui relie l'absence de reflet, le coffre lourd, le rythme nocturne, et la rumeur de deux disparitions sur les voyages précédents qu'un journal de Vienne a évoquées sans recouper ? Un PJ qui rate de peu un jet d'investigation peut convertir 9-10 en 11-14 par Talisman de Foi (croix posée sur le miroir, prière d'effacement de la souillure). Le miroir confirme alors d'un trait noir ce que la chaise occupée veut cacher.
Acte 2 : fouille de la cabine close
Scène A : approche de la cabine 7
Trois heures du matin. Couloir étroit du wagon-lit de première classe, moquette épaisse, lampes à abat-jour vert tamisé. Le train ralentit à l'approche de la frontière bulgare, sifflet à vapeur dans la nuit givrée. La cabine d'Almasy, numéro 7, est verrouillée de l'intérieur. Sous la porte, un PJ qui se penche peut voir une mince couche de terre noire répandue sur la moquette, comme si quelqu'un avait remué un sac à l'intérieur.
Scène B : entrer
- Crochetage. Anna Vatra ou un PJ adroit (Physique 11) ouvre la serrure en silence, à condition que le PJ accepte le risque d'être surpris si Almasy sort la nuit. La serrure cède en deux minutes.
- Voie chef de wagon. Reverdy peut être convaincu (Social 13, ou bourse de cinq couronnes) d'ouvrir avec son passe-partout en prétextant une fuite d'eau. Reverdy refuse au-dessus de cinq couronnes ou en cas de menace explicite : il a quarante ans de service, il ne risque pas son emploi pour un caprice.
Scène C : ouverture du coffre
Couchette défaite. Valise de cuir noir sans rien de personnel à l'intérieur. Costume de rechange suspendu. Pas de livre, pas de papier. Au centre de la cabine, le coffre de bois sombre, deux mètres, soixante centimètres, posé sur le plancher. Couvercle non verrouillé. À l'intérieur : terre noire de Transylvanie, fraîche, humide, et étendu sur cette terre, un homme. Costume de voyage sombre. Cheveux poivre lissés. Écharpe de soie noire. Comte Szilárd Almasy, immobile. Sa peau est froide. Sa poitrine ne se soulève pas. Il ne se réveille pas même quand un PJ pose la main sur son front.
Trois choix tactiques
- Pieu maintenant. Velmir ou Anna sortent un pieu de frêne et frappent au cœur. Jet Physique 11 pour porter le coup propre du premier essai (la position de la cible exige précision). Si succès, Almasy convulse une fois et se dessèche en quelques secondes. Le coffre devient inerte.
- Décapitation cérémonielle. Père Mihail récite la liturgie pendant qu'un PJ frappe au sabre. Plus lent, plus solennel, mais moins sujet à l'erreur (jet en Avantage par la circonstance). La tête est ensuite enroulée dans un linge bénit.
- Témoin. Laisser Almasy dormir, refermer le coffre, et préparer une embuscade pour le moment où il sortira au crépuscule du soir. Risqué mais permet d'apprendre à qui Almasy livre ses victimes.
Scène D : l'avalanche
Pendant que les PJ délibèrent, le train s'immobilise brutalement. Un grondement sourd traverse les wagons, suivi d'un fracas lointain. Avalanche dans le col, frontière hongroise et roumaine selon les cartes : la voie est coupée. Le train ne repartira pas avant l'aube du surlendemain au mieux. Et Almasy va se réveiller au crépuscule de cette journée même.
Acte 3 : traversée du col enneigé
"Le matin du jour J. Le train est immobilisé en pleine montagne, voie coupée par une coulée de neige et de roches. Les voyageurs sont consignés à bord. Reverdy distribue le café. Deux ouvriers de ligne descendent à pied vers le village le plus proche pour télégraphier Sofia. Almasy dort dans son coffre. Vous avez environ neuf heures avant que le crépuscule ne le réveille."
Découverte des disparitions
Au comptage du matin, deux passagers de seconde classe manquent à l'appel. Une jeune femme russe, Sofia Petrova, dix-huit ans, qui voyageait avec sa mère, et un commis voyageur français, Lucien Verel, trentaine, qui dormait seul. Ni l'un ni l'autre n'a été vu après vingt-deux heures la veille. Aucune trace dans les couloirs. Aucune trace à la sortie du train. Madame Petrova hurle dans le wagon-restaurant. Reverdy organise une fouille discrète qui ne donne rien.
La piste dans la neige
À midi, un PJ qui inspecte l'extérieur du train (Mental 9) repère, dans la neige profonde du col, une ligne de pieds nus qui s'éloigne depuis le marchepied du wagon de première classe vers une chapelle de pierre isolée à environ deux kilomètres. La trace est unique : un seul jeu d'empreintes, profondes, espacées comme si quelqu'un avait porté un poids supplémentaire. Madame Petrova, accompagnée par les PJ, peut identifier les lacets de la chaussure de sa fille à un mètre de la trace : la jeune femme a marché ou été emportée, mais elle n'a pas tracé les empreintes elle-même.
La chapelle isolée de saint Démétrius
Bâtiment de pierre carré du XVIIIe siècle, dédié à saint Démétrius selon l'inscription au-dessus du porche, abandonnée depuis la dernière guerre russo-turque. À l'intérieur, sol couvert de feuilles mortes et de neige soufflée par un toit éventré, autel renversé. Au fond de la nef, derrière l'autel, un escalier descendant à la crypte. Dans la crypte, sur le sol de pierre nue, deux corps : Sofia Petrova et Lucien Verel, étendus côte à côte, vivants encore, drainés à mi-chemin, deux marques fraîches sur la gorge de chacun.
Au-dessus d'eux, suspendu par les pieds à une corde fine attachée au plafond voûté, un deuxième cercueil de bois sombre, rempli de terre. Un cercueil de réserve, qu'Almasy déposait à chaque voyage dans une chapelle isolée le long de la voie pour pouvoir s'y replier en cas de retard imprévu.
Trois choix climatiques
- Détruire les deux cercueils. Celui dans le train, celui dans la chapelle. Si les deux sont détruits avant le crépuscule, Almasy n'a plus de refuge à la nuit tombée et meurt à la première levée du soleil. Combat tactique, course contre le temps, retour à pied dans la neige.
- Affronter Almasy au crépuscule. Laisser la chapelle intacte mais préparer le piège dans la cabine. Almasy se réveille, sort, est attendu par quatre PJ armés en plein couloir étroit du wagon-lit. Combat à un contre quatre, mais Almasy a la vitesse et le brouillard pour lui. Calibre Chef vampire (18). Résultat incertain.
- Sauver les victimes. Ramener les deux drainés au train, les soigner (Mental 11 pour Père Mihail ou un PJ médecin avec eau bénite), et fuir le col à pied vers le village suivant en abandonnant Almasy à son cycle. La voie discrète, mais Almasy continuera ses voyages.
L'option médiane recommandée : Anna et Velmir traversent la neige à pied jusqu'à la chapelle, détruisent le cercueil de réserve à la hache, ramènent les drainés. Pendant ce temps, Père Mihail et Sofia Karadzic restent au train et préparent la cabine d'Almasy : pieu de frêne, eau bénite à l'entrée, couteau d'argent à portée. Le coffre principal reste intact jusqu'au crépuscule pour confirmer la présence d'Almasy à l'intérieur. À l'instant où il sort, l'un des deux PJ frappe.
Comte Szilárd Almasy (Chef 18).
Mental 7 / Physique 6 / Social 5 - Défense 19 (18 + 1 cape doublée). Aristocrate âge indéterminé d'Europe centrale, peau très pâle, cheveux poivre lissés, écharpe de soie noire, gants noirs. Méthodique, presque administratif. Faiblesses canon : soleil direct, eau bénite, hostie, croix sincère, ail, frêne au cœur, décapitation. Sa cruauté tient dans ses voyages, pas dans ses paroles.
Épilogue
Si Almasy meurt
Le train repart à l'aube du surlendemain quand la voie est dégagée. Reverdy ferme la cabine 7 à clé pour le reste du trajet et ne signale rien aux autorités : il a vu trop de choses sur les rails pour s'embarrasser d'un rapport. Sofia Petrova et Lucien Verel survivent, faibles et désorientés, sans souvenir clair des dernières heures. À Constantinople, les PJ disparaissent dans la foule de Galata. Almasy était un voyageur. Combien d'autres voyageurs comme lui sur les lignes de l'Orient ?
Si Almasy survit (option fuite)
Le train repart sans lui, son coffre laissé derrière dans la chapelle. Il se réveille à la nuit suivante, traverse à pied les Carpates en huit jours, et rentre dans un domaine dont les PJ apprendront le nom dans une dépêche viennoise quatre mois plus tard. Vengeance possible en suite de campagne.
Si les PJ choisissent la voie discrète et l'abandon de la traque
Almasy continue ses voyages. Trois mois plus tard, le Pall Mall Gazette publie un article sur les disparitions inexpliquées sur les lignes Vienne-Constantinople, signé d'une correspondante londonienne qui semble avoir lu les bons documents. Les PJ pourraient un jour la rencontrer.
Récompenses communes
- Honoraires Petrova : trois cents roubles chacun, payés à Constantinople par un télégramme bancaire de Saint-Pétersbourg, sans nom d'expéditeur.
- Couteau d'argent du Comte : récupéré dans la valise de cuir noir, lame ciselée d'une chouette stylisée. Avantage permanent en duel rapproché contre une créature surnaturelle, une fois par campagne.
- Réseau Reverdy : Monsieur Reverdy reste un contact fiable sur l'Orient-Express. Il connaît les chefs de wagon des trois autres lignes principales.
- Talent gagné : chaque PJ peut acquérir un Talent supplémentaire validé par la table.
Statblocks rapides
Comte Szilárd Almasy, vampire alternatif (Chef)
Mental 7 / Physique 6 / Social 5 - Défense 19 (18 + 1 cape). Faiblesses canon : soleil direct, eau bénite, hostie, croix sincère, ail, frêne au cœur, décapitation. N'entre dans une cabine que sur invitation tacite (le serveur qui l'introduit suffit). Ne se reflète pas. Voyage avec deux cercueils : un dans la cabine, un dans une chapelle isolée le long de la voie.
Monsieur Reverdy, chef de wagon (Moyen)
Mental 3 / Physique 3 / Social 3 - Défense 10 (9 + 1 uniforme). Soixantaine, livrée bleu nuit, accent français. Quarante ans de service. Refuse les pots-de-vin trop visibles, accepte l'aide modeste si l'affaire est sérieuse. Allié si on lui parle juste.
Madame Petrova, mère affolée (Faible)
Mental 2 / Physique 2 / Social 2 - Défense 6. Russe, fichu noir, voyage avec sa fille de dix-huit ans. Hurle dans le wagon-restaurant à la découverte de la disparition. Paie en roubles à Constantinople, sans poser de questions.
Sofia Petrova, dix-huit ans (Faible)
Mental 2 / Physique 2 / Social 2 - Défense 6. Drainée à mi-chemin, retrouvée dans la crypte, vivante, sans souvenir clair. Doit survivre.
Lucien Verel, commis voyageur (Faible)
Mental 2 / Physique 3 / Social 2 - Défense 7. Trentaine, costume gris fatigué, voyage de représentation. Drainé en parallèle de Sofia. Témoin utile s'il est sauvé.
Lieux clés
- Wagon-restaurant Orient-Express : lampes à abat-jour rouge, livrée bleu nuit, miroir au-dessus du buffet, tables nappées blanc. Dîner courtois, miroir qui ne reflète pas une chaise occupée, train qui roule à cinquante kilomètres-heure dans la nuit.
- Couloir du wagon-lit : moquette épaisse, lampes à abat-jour vert, portes de cabine numérotées en chiffres laiton. Calme nocturne, terre noire sous une porte, brouillard givré sur les vitres du couloir.
- Cabine 7, intérieur : couchette défaite, valise de cuir noir, costume suspendu, coffre central de bois sombre. Découverte du dormeur, terre des Carpates fraîche, choix tactique sur trois pistes.
- Col de montagne enneigé : voie coupée, sapins givrés, ligne de pieds nus dans la neige, ciel pâle qui n'arrive pas à se lever. Course contre le temps, neige jusqu'aux genoux, deux kilomètres jusqu'à la chapelle.
- Chapelle isolée de saint Démétrius : pierre carrée, toit éventré, autel renversé, escalier descendant à la crypte. Crypte glaciale, deux corps sur le sol, second cercueil suspendu au plafond voûté.
Boîte à variantes
- Almasy n'est pas seul. Variante difficile : un valet humain voyage en seconde classe avec lui, charge des courses dans les gares, lui sert de relais diurne. Combat à deux fronts si les PJ ne le repèrent pas.
- L'avalanche est volontaire. Variante surnaturelle : Almasy savait que la voie serait coupée à ce point précis et avait préparé son cercueil de réserve. Le brouillard du col l'a aidé à se réveiller plus tôt que prévu.
- Une correspondante anglaise à bord. Variante méta : une journaliste anglaise trentenaire, voyage en seconde classe et observe les PJ depuis le départ de Vienne. Elle ne se présente que si un PJ lui parle. Elle a lu un certain manuscrit qui circule sous le manteau dans les cercles londoniens depuis 1897.
- Le coffre de réserve est piégé. Variante d'horreur : la chapelle de saint Démétrius est gardée par trois loups gris qui n'attaquent que celui qui touche au coffre. Aucun ne suit les PJ hors de la chapelle.

