Fiche technique
Note MJ - Homonymie Hawkins
À l'attention du MJ. Ce scénario met en scène un certain Captain Sam Hawkins, ex-quartier-maître pirate de soixante-deux ans devenu juge de paix à Cay Lobo en 1752. Cet homonyme est volontaire et conventionnel (Hawkins est un patronyme courant de la marine anglaise XVIIIᵉ siècle), sans lien narratif avec le mousse Jim Hawkins canon Stevenson de l'auberge Admiral Benbow. Si la table risque la confusion, le MJ peut renommer librement Sam en Hawthorn ou Hartwell.
Synopsis
Le second contrat de Jérôme Rouvière concerne la fouille d'une ancienne base pirate sur Cay Lobo, abandonnée en 1738 après la mutinerie qui avait coûté la vie au capitaine Eliot Marrowfield le jeune (à ne pas confondre avec son fils, mort en 1748 sous lequel Caleb avait servi : un homonyme père-fils, branche distincte). Rouvière avait obtenu en 1750 un acte de fouille auprès du gouverneur de Nassau contre rétrocession de vingt pour cent. Le contrat court jusqu'à mai 1752.
Cay Lobo n'est pas inhabitée. Quarante personnes vivent sur la côte ouest, autour d'un comptoir de pêche, d'un temple anglican modeste, d'une résidence de juge de paix. Le juge en titre, Captain Sam Hawkins, a soixante-deux ans, trois doigts à la main droite, un regard bleu pâle. Ex-pirate amnistié en 1740, juge de paix par décision du gouverneur de Nassau en 1745. Il accepte la fouille, mais interdit le bâtiment central de l'ancienne base, qu'il qualifie de « tombeau profané ». Caleb Carew comprendra avant les autres qu'il y a une raison.
Rappel des paliers de résolution
2D6 + caractéristique (1 à 5) + bonus de Talent. Lecture du résultat :
- 5 ou moins : échec critique, complication immédiate.
- 6 à 8 : échec, l'action ne passe pas.
- 9 à 10 : succès partiel, ça passe avec un coût.
- 11 à 14 : succès complet.
- 15 et plus : succès critique.
Avantage = 3D6, garder les 2 meilleurs. Désavantage = 3D6, garder les 2 pires. Le Code des Frères : 1×/scène, un PJ invoque à voix haute un article du Code de la Côte cru sincèrement applicable. Si l'invocation est de bonne foi et l'article pertinent, le succès partiel 9-10 devient succès complet 11-14. Coût : invocation de mauvaise foi, Désavantage social pour le reste de la scène. Limite : un article par PJ par scène.
Acte 1 : le juge de paix
"Cay Lobo, dix heures du matin. La crique aux Tortues sent le sel chaud, la noix de coco fendue et le poisson grillé. Trois pêcheurs vous saluent en levant la main depuis leur barque. La résidence du juge se voit depuis la grève, à un demi-mille à l'ouest. Toit de chaume, mur de chaux, deux fenêtres ouvertes sur le port. Marie Rouvière reprend son chapeau de soleil. Caleb reste à bord, par sécurité : Hawkins pourrait le reconnaître. Vous marchez vers la résidence sous un soleil qui pèse sur les épaules."
Captain Sam Hawkins reçoit ses visiteurs sur la véranda de la résidence. Trois doigts manquants à la main droite (perdus en 1733 à l'abordage d'un navire hollandais). Redingote brune fanée. Regard bleu pâle. Il sert du rhum local dans des chopes en étain, lit le contrat en silence, le repose. Il accepte la fouille des ruines extérieures (cuisines, dortoirs, magasin de poudre). Il interdit le bâtiment central. Il appelle ce bâtiment « le tombeau profané » et n'en dira pas plus tant qu'on ne l'aura pas forcé. Le contrat signé par Jérôme Rouvière ne mentionne aucune restriction. Marie hésite, puis accepte sa parole, en notant la réserve dans son livre de comptes.
Premières pistes ouvertes
- Présenter la délégation (Social 9). Marie offre à Hawkins une bouteille de Madère scellée, achetée à Cartagena. Il accepte avec courtoisie. Sur succès, il accepte de dîner à la résidence avec Marie et Étienne dans la semaine.
- Étudier la disposition de la base (Mental 9). Étienne Aubert demande à inspecter le site avant le début des travaux. Hawkins l'accompagne en personne le lendemain matin. Étienne note discrètement que le bâtiment central est moins effondré que les autres. Il a été entretenu, fenêtres condamnées de l'intérieur, porte verrouillée à clé moderne.
- Sonder le comptoir de pêche (Social 9). Caleb Carew, débarqué incognito chemise large et chapeau à large bord, traîne au comptoir sur la côte ouest. Il y reconnaît un visage : Lemuel Doddridge, sexagénaire, ancien matelot de Marrowfield le jeune, devenu pêcheur depuis 1740. Doddridge ne le reconnaît pas immédiatement. Caleb attend.
- Préparer une effraction nocturne (Mental 9). Le capitaine Corneille demande à Étienne de relever discrètement la serrure du bâtiment central et la forme des fenêtres condamnées. Étienne identifie la serrure comme une fabrication de Bristol, dix ans, trois cylindres. Forçable de nuit, mais bruyamment.
Acte 2 : ruines et témoins
Topographie de la base
L'ancienne base pirate occupe un plateau calcaire à un demi-mille au nord du comptoir de pêche. Le plan général comprend, autour d'une cour centrale, les cuisines (côté est, partiellement effondrées), les dortoirs (côté nord, envahis de lianes), le magasin de poudre (côté ouest, mur effondré, terre noircie par une explosion ancienne) et le bâtiment central (côté sud, ancien quartier du capitaine, fenêtres condamnées, porte verrouillée). Étienne Aubert établit en deux jours que le bâtiment central possède une cave voûtée non mentionnée sur les cartes officielles de la base conservées à Nassau. Présence d'une bouche d'aération discrète au flanc nord du bâtiment, à demi enterrée, signalant un volume souterrain non négligeable.
Trois pistes d'action en parallèle
- Voie mondaine. Marie Rouvière dîne deux fois à la résidence du juge. Première soirée : conversation polie, bibliothèque de Hawkins dévoilée (Stevenson en édition pirate de Bristol, Defoe, exégèses anglicanes). Deuxième soirée : Hawkins boit plus que de coutume. Il glisse, en regardant la mer par la fenêtre, qu'il fait des cauchemars répétés depuis 1738 sur la mutinerie de Marrowfield le jeune. Jet Social 11. Sur succès complet, Hawkins confie qu'il était quartier-maître de Marrowfield le jeune à l'époque, et qu'il a survécu en se ralliant aux mutins. Il ne dira pas plus. Il regarde Marie. Marie ne presse pas.
- Voie de comptoir. Caleb Carew, au comptoir de pêche, finit par retrouver Lemuel Doddridge à la troisième visite. Doddridge le reconnaît, blêmit, accepte de boire un verre de rhum à condition qu'on parle bas. Sur insistance prudente (Social 11, Avantage par fraternité de Code), Doddridge révèle que Hawkins n'était pas un simple ralliement à la mutinerie : il en était le meneur, et qu'il aurait personnellement tué Marrowfield le jeune dans la cave voûtée du bâtiment central, le 14 août 1738. Doddridge a vu le corps. Il était mousse à l'époque. Il s'est tu pendant quatorze ans.
- Voie d'effraction. Caleb, accompagné d'Étienne et de deux marins de confiance, force l'entrée du bâtiment central de nuit. Jet Mental 11 sur la serrure de Bristol, Désavantage si bruit (la résidence est à un demi-mille, mais Cay Lobo est silencieuse la nuit). Sur succès, ils descendent à la cave voûtée par un escalier de pierre. Six mètres sous terre. Niche scellée à la chaux dans le mur du fond. Plaque de plomb gravée à la pointe : Eliot Marrowfield le jeune, capitaine, abattu le 14 août 1738 par son quartier-maître Sam Hawkins. À côté du squelette, un coffre de bois ferré scellé. Ouvert : soixante mille livres en or et argent, butin de la dernière prise de Marrowfield, jamais partagé.
La découverte au matin
Quelle que soit la voie suivie, Hawkins découvre l'effraction au matin du jour suivant. Il ne crie pas. Il convoque Marie Rouvière à la résidence. Il exige le retrait immédiat des fouilles, sans préciser pourquoi. Sa main gauche tremble. Marie refuse. Hawkins menace de saisir L'Écume du Sud au nom du gouverneur de Nassau pour violation de l'acte de fouille (clause restrictive verbale, non écrite dans le contrat). Caleb Carew demande alors à Marie l'autorisation de confronter Hawkins seul, en présence de Marie comme témoin et de Doddridge comme témoin moral. Marie accepte sous condition : la confrontation aura lieu dans la cave voûtée, devant la dépouille.
Captain Sam Hawkins, juge de paix (Valeur 14).
Mental 4 / Physique 4 / Social 6 - Défense 14. Soixante-deux ans, trois doigts à la main droite, redingote brune, regard bleu pâle. Ex-pirate amnistié en 1740, juge de paix de Cay Lobo depuis 1745. Mutin meneur de 1738 caché. Tombera par soulagement à la confrontation avec le Code de la Côte, pas par défaite.
Acte 3 : confrontation à la cave voûtée
"Onze heures du soir. La cave voûtée respire la chaux et le sel. Deux lampes à huile posées au sol, l'une près du squelette, l'autre près du coffre. Sam Hawkins descend les marches lentement, sans regarder personne. Sa main gauche tient la rampe. Sa main droite, trois doigts, pend le long du corps. Caleb Carew est déjà en bas, debout au milieu de la cave. Il pose à plat sur le coffre un livret relié de toile noire. Code de la Côte. Article II. Il l'ouvre à la page. Il attend. Marie est au fond, bras croisés. Doddridge à gauche, casquette à la main."
L'invocation de l'Article II
Caleb Carew lit à voix haute : « Article II. Nul vol entre frères. Tout butin se partage devant l'équipage assemblé, à parts égales selon le rang convenu. Tout capitaine qui dérobe à ses propres hommes en violation de cet article a perdu son rang devant la fraternité de la Côte. » Il rappelle que Hawkins, en tuant Marrowfield le jeune et en cachant la prise dans la cave, a violé l'article II en sa forme la plus grave : il a volé à ses propres frères, qui auraient dû partager le butin de la dernière prise. Jet Social 11 par Caleb. Avec invocation de l'article II en bonne foi, succès partiel 9-10 converti en succès complet 11-14 par la règle Le Code des Frères. Doddridge, en témoin moral, hoche la tête. Marie ne dit rien.
L'aveu de Hawkins
Hawkins s'effondre. Il s'assoit sur la marche du bas, fixe le squelette, parle d'une voix basse. Il avoue à voix haute, devant Caleb, Marie et Doddridge : il avait orchestré la mutinerie pour s'emparer du butin, mais n'avait jamais osé le dépenser ni partager après le meurtre. Soixante mille livres dormaient depuis quatorze ans à six mètres sous terre. Il scellait la cave une fois par semaine. Il faisait des cauchemars. Il était devenu juge de paix par hasard et par lassitude. La résidence d'à côté était la sienne depuis dix ans. Il n'avait pas touché un shilling du coffre.
Le règlement
Marie Rouvière propose un règlement. Hawkins remet le coffre à L'Écume du Sud en règlement complet du contrat de fouille. Vingt pour cent rétrocédés au gouverneur de Nassau comme prévu (douze mille livres). Caleb partage en personne deux mille livres entre les survivants identifiables de l'équipage de Marrowfield le jeune (huit hommes répartis entre Nassau, Tortuga et Saint-Augustine). Hawkins n'est pas dénoncé : sa charge de juge de paix est trop ancienne, sa peine serait disproportionnée, et l'aveu suffit à Caleb. Hawkins remet sa charge dans la semaine au révérend Thaddeus Wickham, et entre comme novice au temple anglican de Cay Lobo. Il finit ses jours en silence, à lire le bréviaire la nuit, en attendant le sommeil qui ne vient pas.
Épilogue
Issue commune
Une semaine plus tard, L'Écume du Sud met le cap sur Port-Royal. Le squelette de Marrowfield le jeune est inhumé dignement dans le cimetière du temple anglican de Cay Lobo, plaque de bronze posée au-dessus, frais payés sur la part de Caleb. Le révérend Thaddeus Wickham officie la cérémonie. Il pleut une pluie tropicale brève. Lemuel Doddridge le pêcheur reçoit cinq cents livres en remerciement de son témoignage et garde le silence. Sam Hawkins, en habit de novice, lit le bréviaire dans sa cellule et ne dort plus la nuit. Marie Rouvière range dans son livre de comptes le second contrat, signé Honoré, mention exécuté. Étienne Aubert ajoute Cay Lobo à son atlas, avec une note discrète : base pirate, fouille terminée, accès libre. Caleb Carew, sur la dunette du brick au moment de l'appareillage, regarde s'éloigner l'île. Il ne reviendra pas.
Si Caleb a brusqué Hawkins
Si Caleb a invoqué l'article II avec arrogance ou désir de revanche, l'aveu de Hawkins est plus court, moins libérateur. Hawkins remet le coffre mais refuse l'inhumation digne. Il garde sa charge de juge de paix, par devoir et par dégoût de soi, six mois de plus. Marie Rouvière le note dans son livre de comptes avec une amertume discrète. Le scénario se referme sans réconciliation. Caleb perd Avantage permanent au prochain jet d'invocation du Code de la Côte.
Si Doddridge a été brusqué
Si les PJ ont brusqué Doddridge au comptoir, il se rétracte avant le climax. Hawkins refuse d'avouer sans témoin, exige le départ immédiat de l'équipage, saisit L'Écume du Sud par autorité judiciaire. Le scénario s'achève sans coffre, sans inhumation, sans aveu. Le contrat de Jérôme reste au mieux à moitié honoré. Le troisième contrat partira tout de même, mais avec une équipe moins assurée d'elle-même.
Récompenses communes
- Honoraires de mission : trois cents livres sterling par PJ, en pièces d'or et argent, prélevées sur la part contractuelle de L'Écume du Sud avant la rétrocession Nassau.
- Plaque de bronze inhumation : Caleb Carew gagne Avantage permanent au prochain jet d'invocation du Code de la Côte (Article II ou Article VI), s'il a participé personnellement à l'inhumation digne.
- Carte précise de Cay Lobo : Étienne Aubert ajoute l'île à son atlas privé avec mention de la cave voûtée vidée. Avantage permanent en jet Mental pour toute fouille de ruines pirates ultérieure aux Bahamas.
- Talent gagné : chaque PJ peut acquérir un Talent supplémentaire validé par la table.
Préparation MJ
Avant la session, le MJ prépare deux objets matériels : le livret du Code de la Côte (carnet de moleskine noire à fil blanc, huit articles écrits en anglais à l'encre brune avec traduction française au crayon en marge, signatures de cinq capitaines pirates fictifs au début du livret) et la plaque de plomb gravée (feuille de carton imitation plomb, gravée à la pointe avec inscription Eliot Marrowfield le jeune, capitaine, abattu le 14 août 1738 par son quartier-maître Sam Hawkins, posée près du squelette factice si la table joue en milieu enrichi).
Bande-son suggérée : silence ambiant rythmé par le ressac à la crique aux Tortues, une cloche d'église au loin pour les passages à la bourgade, silence total dans la cave voûtée hors les voix des PJ et de Hawkins. Pour l'inhumation finale, une voix solo masculine chantant Eternal Father, Strong to Save (hymne anglican de marin de 1860, en domaine public) en sourdine peut clore la session avec gravité.
Statblocks rapides
Captain Sam Hawkins, juge de paix (Valeur 14)
Mental 4 / Physique 4 / Social 6 - Défense 14. Soixante-deux ans, trois doigts à la main droite, redingote brune, regard bleu pâle. Mutin meneur de 1738 caché. Tombera par soulagement à la confrontation avec le Code, pas par défaite.
Lemuel Doddridge, témoin pêcheur (Faible 8)
Mental 3 / Physique 2 / Social 3 - Défense 8. Sexagénaire, ancien matelot de Marrowfield le jeune, survivant de la mutinerie, mousse en 1738. Connu de Caleb depuis 1740. Témoignera si traité avec patience et respect du Code.
Révérend Thaddeus Wickham, pasteur (Faible 7)
Mental 3 / Physique 2 / Social 2 - Défense 7. Quarante-cinq ans, soutane simple, accueille Hawkins comme novice après le scénario. Garde le secret par charité chrétienne. Officie l'inhumation de Marrowfield le jeune.
Squelette d'Eliot Marrowfield le jeune (présence muette)
Capitaine pirate assassiné en 1738 dans la cave voûtée. Plaque de plomb gravée par Hawkins lui-même au-dessus de la dépouille. Présence symbolique du climax. Ne joue pas mécaniquement.
Lieux clés
- Crique aux Tortues, côte est : sable blanc, palmiers, eau turquoise, cocotiers, fond plat sur cinquante mètres avant le récif. Mouillage sûr de L'Écume du Sud, calme tropical, voix de l'équipage sur le pont, parfum de feu de bois sur la grève.
- Bourgade de Cay Lobo, côte ouest : quarante maisons de bois et de chaux, comptoir de pêche, temple anglican modeste, résidence du juge de paix. Vie coloniale modeste, voix des pêcheurs en anglais et en créole, son de cloche du temple à six heures, courtoisie de façade.
- Ruines extérieures de la base : cuisines effondrées avec marmites de cuivre, dortoirs envahis de lianes, magasin de poudre éventré aux murs noircis, plan général lisible. Fouille méthodique, lumière du soleil filtrée par les ruines, silence rompu par les pioches et les voix d'Étienne.
- Cave voûtée du bâtiment central : six mètres sous terre, voûte de calcaire jaunâtre, niche scellée à la chaux, squelette intact à plaque de plomb, coffre de bois ferré scellé contenant soixante mille livres. Climax silencieux, deux lampes à huile, aveu murmuré, Code de la Côte ouvert sur l'article II.
- Cimetière du temple anglican : petit enclos de chaux blanche derrière le temple, croix de bois, terre meuble. Inhumation de Marrowfield le jeune, pluie tropicale brève, Caleb à la pelle, révérend Wickham au bréviaire.
Boîte à variantes
- Hawkins se livre. Variante humaine : si Marie a dîné trois fois à la résidence et écouté Hawkins parler de ses cauchemars, Hawkins se livre lui-même au quatrième dîner, sans attendre la confrontation à la cave voûtée. Il remet la clé du bâtiment central à Marie, descend avec elle, ouvre la niche, raconte tout. Le Code de la Côte n'a pas besoin d'être invoqué : Hawkins l'a déjà appliqué à lui-même.
- Le révérend savait. Variante d'enquête : Thaddeus Wickham, pasteur du temple, soupçonnait depuis cinq ans que Hawkins cachait quelque chose dans le bâtiment central, sans en avoir la preuve. Si les PJ le sondent (Social 11), il livre une lettre rédigée en 1748 par un mousse mourant, qui aurait dû être expédiée au gouverneur de Nassau et qui n'est jamais partie. La lettre désigne Hawkins comme assassin de Marrowfield le jeune.
- Le coffre est piégé. Variante d'effraction : si Caleb force la cave de nuit sans la présence de Hawkins, le coffre est verrouillé d'un mécanisme à mèche lente : ouvert sans la clé spécifique, il déclenche dix secondes plus tard une charge de poudre qui éventre la voûte. Étienne identifie le mécanisme (Mental 11) et le neutralise. Sinon, deux PJ sont blessés et la cave s'effondre partiellement, rendant l'inhumation impossible.
- Doddridge demande le voyage. Variante de campagne : si les PJ ont traité Doddridge avec respect, il demande à Caleb de l'embarquer pour Saint-Augustine en Floride, où sa fille tient une auberge depuis 1745. Il quitte Cay Lobo avec sa caisse de pêcheur et son livret manuscrit (huit pages de mémoires de la mutinerie). Le livret entre comme pièce historique dans l'atlas d'Étienne.
Articles du Code de la Côte invoqués
Le scénario tourne autour de l'Article II, le plus grave du Code. Caleb le pose à plat sur le coffre dans la cave voûtée et lit la phrase. La règle Le Code des Frères convertit le succès partiel en succès complet par la force de l'invocation en bonne foi. Trois autres articles sont accessibles selon les choix de table.
- Article II - Nul vol entre frères. Cœur du climax. Hawkins a tué Marrowfield le jeune et caché soixante mille livres dans la cave. Violation maximale du Code. Caleb invoque, Hawkins s'effondre, l'aveu est public devant Doddridge et Marie.
- Article IV - Nulle dispute à terre tant que le rhum coule. « Tout compte se règle au matin, devant l'équipage assemblé. » Marie peut l'invoquer auprès de Hawkins lors du deuxième dîner à la résidence pour obtenir Avantage social sur la conversation. Bonne foi évidente : Marie ne cherche pas à humilier Hawkins, elle cherche à comprendre.
- Article I - Voix égale en conseil. Lemuel Doddridge invoque cet article auprès de Caleb au comptoir pour exiger la présence de Marie comme témoin officiel à la cave voûtée. Caleb accepte. Doddridge n'est pas seul devant Hawkins. La présence de Marie scelle la portée morale de l'aveu : chaque homme du conseil de fraternité a voix égale, donc droit à l'audience pleine.
- Article VI - Soin des frères tombés. « Les blessés graves recevront double part et le médecin de bord, s'il existe, sera nourri en priorité. » Caleb étend cet article en pratique narrative aux morts de la fraternité : il l'invoque le lendemain de l'aveu pour exiger l'inhumation de Marrowfield le jeune dans le cimetière du temple anglican. Le révérend Wickham accepte. Frais payés sur la part de Caleb.
Notes éditoriales
Ce scénario est le cœur émotionnel de la trilogie. Hawkins n'est pas Long John Silver. Il n'est pas Israel Hands. Il n'est pas Pew. C'est un personnage original conçu pour traduire en langage JDR le sujet stevensonien le plus profond : la culpabilité d'un homme qui a vécu trop longtemps avec son crime. Dans l'esprit du roman de Stevenson, la culpabilité d'un homme qui a vécu trop longtemps avec son crime traverse toute la trame. Hawkins, à soixante-deux ans, traîne le poids de ses quarante-huit ans.
Cay Lobo est une île fictive. Aucune île portant ce nom exact n'existe dans les Bahamas réelles, ce qui laisse au MJ toute liberté géographique. La carte d'Étienne Aubert peut situer Cay Lobo entre Cat Island et l'archipel des Exumas, à environ trois jours de navigation au sud-est de Nassau. La bourgade de quarante habitants, le comptoir de pêche et le temple anglican modeste sont conformes aux établissements coloniaux mineurs documentés dans les archives de Nassau pour les années 1740-1750.
L'invocation de l'article II est l'occasion d'introduire à la table une réflexion sur la justice tribale du Code de la Côte par rapport à la justice coloniale britannique. Le Code n'est pas du droit positif : c'est un système d'honneur entre frères de la flibuste, qui survit en marge du droit royal. Hawkins peut être jugé selon le Code (peine : remise du butin, exclusion de la fraternité) ou selon la loi britannique (peine : pendaison). Caleb choisit le Code, par fraternité résiduelle. Le MJ peut soulever la question éthique avec la table après le scénario, sans imposer de réponse.
Aucune figure canon de Stevenson (Long John Silver, Captain Flint, Ben Gunn, Jim Hawkins, Israel Hands, Pew, Bill Bones, le Squire Trelawney, le Dr. Livesey) n'apparaît en PJ ou en statblock direct. Sam Hawkins et Eliot Marrowfield le jeune sont des figures originales du setting JDR Express Île au trésor.
Note sur l'homonymie Hawkins. Captain Sam Hawkins, juge de paix de Cay Lobo, soixante-deux ans, ex-quartier-maître pirate amnistié en 1740, n'a aucun lien narratif ni filial avec le Jim Hawkins du roman de Stevenson (jeune mousse de l'auberge Admiral Benbow, treize ans, narrateur de Treasure Island 1883). L'homonymie est un clin d'œil au patronyme courant de la marine anglaise du XVIIIe siècle, sans rapport avec le personnage canon. Le MJ peut au besoin renommer le PNJ en Sam Hawthorn ou Sam Hartwell pour éviter toute confusion à la table.

